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Mythe ou réalité : les choix des contribuables québécois en matière de REER

Gilles Bernier, Amin Mawani et Suzanne Paquette1

Question Retraite est un groupement dont la mission est de promouvoir l’importance pour les québécois et les québécoises de planifier leur sécurité financière à la retraite.2 Cet article s’inscrit dans la volonté de cet organisme d’intensifier sa présence médiatique à l’aube de la campagne annuelle des REER.

En 2003, un sondage réalisé par Question Retraite confirmait que les contribuables québécois sont conscients qu’un REER représente une source potentiellement importante de revenus à la retraite.3 Par contre, les résultats de ce sondage indiquaient aussi que leur connaissance de la fiscalité des REER semble assez faible. À cet égard, les plus récentes statistiques fiscales (celles de Statistiques Canada pour l’année 2002) indiquent que 32% des contribuables québécois ayant des déductions inutilisées ont contribué à un REER, comparativement à 31,3% pour l’ensemble du Canada et 32,6% pour l’Ontario. Ceci s’est traduit par des contributions de 5,86$ milliards au Québec, soit une baisse de 3,8% par rapport à 2001. Aussi, 84% des contribuables québécois avaient des déductions inutilisées en 2002 représentant un montant de 81,7$ milliards, soit environ 48% du montant total des cotisations inutilisées au Canada cette année-là. Malgré que l’argument fiscal en faveur d’une contribution à un REER soit plutôt convaincant, le moins que l’on puisse dire, c’est que les québécois ne semblent pas en prendre pleinement avantage.

Au moment où la retraite est en enjeu politique et social important au Québec, il est donc nécessaire pour les décisionnaires de comprendre pourquoi les contribuables ne prennent pas avantage de l’abri fiscal que procure le REER de manière plus agressive. Si la raison est que les contribuables ne sont pas conscients des implications de leurs choix, il devient encore plus clair que la mission d’éducation de Question Retraite est tout à fait justifiée. Dans ce contexte, les planificateurs financiers vous diront souvent que leurs clients invoquent plusieurs raisons ou excuses différentes pour ne pas contribuer à un REER. En effet, plusieurs contribuables québécois, tout comme bien d’autres canadiens, ne contribuent pas, à tort ou à raison, parce qu’ils :

  • requièrent tout ou presque tout leur revenu courant pour satisfaire leurs besoins actuels de consommation. Pour eux, la consommation courante semble beaucoup plus importante que la consommation future;
  • semblent croire qu’ils auront des moyens financiers supérieurs plus tard, ce qui pourrait possiblement ne pas être le cas;
  • semblent très optimistes à l’effet que les régimes publics vont continuer de les supporter une fois à la retraite;
  • ne semblent pas apprécier à sa juste valeur le pouvoir de capitalisation de l’intérêt à l’abri de l’impôt;
  • semblent croire que les taux d’impôt seront plus élevés au moment de retirer leur épargne-retraite, ce qui diminue fortement l’attrait qu’ils ont pour les REER;
  • semblent croire que les taux d’impôt actuels sont plutôt faibles, ce qui a pour incidence de rendre les REER moins attrayants à leurs yeux;
  • semblent croire que les taux de rendement sur les instruments de placement qu’ils peuvent détenir seulement à l’extérieur de leur REER sont plus élevés qu’ils le sont réellement;
  • préfèrent détenir des actions à l’extérieur d’un REER, puisque seulement 50% d’un gain en capital est imposable une fois réalisé;
  • apprécient la proposition mise de l’avant par le parti Conservateur du Canada qui éliminerait tout impôt sur le gain en capital réalisé suite à une disposition d’actifs à la condition que les recettes de la vente soient réinvesties, ce qui les incite à investir à l’extérieur d’un REER;
  • semblent fortement prioriser le remboursement de leurs dettes non déductibles (autant la dette hypothécaire que la dette à la consommation) ainsi que leur RAP (régime d’accession à la propriété), ce qui n’est pas à prime abord déraisonnable;
  • semblent croire que la panoplie de placements admissibles au REER est trop limitée;
  • semblent croire que les frais de transaction pour ouvrir un compte REER sont trop élevés, ce qui peut s’avérer vrai dans le cas des régimes autogérés;
  • doivent faire un compromis entre un faible taux d’imposition courant sur les dividendes versus un niveau inférieur de prestations de retraite dans le futur, tout cela parce que les dividendes ne sont pas considérés du « revenu gagné » aux fins du calcul de la cotisation annuelle possible à un REER. Cela est particulièrement vrai pour les actionnaires-dirigeants de sociétés privées;
  • ne semblent pas au courant de la règle fiscale qui permet de contribuer à un REER dans l’année courante et de reporter la déduction fiscale à une année ultérieure.

Malgré que certains de ces arguments soient tout à fait valables, plusieurs ne sont que des mythes que les contribuables devraient remettre en question. Pour cela, nous invitons les contribuables qui peuvent encore avoir des doutes sur l’efficacité du REER pour eux d’en discuter avec leur conseiller financier afin de clarifier leurs propres croyances à ce sujet.

Profitez tous de la campagne REER pour accroître vos connaissances à l’égard de cet outil qui pourrait très bien s’appliquer à votre situation et vous permettre de mieux planifier votre sécurité financière à la retraite.


[1] Gilles Bernier est membre de Question Retraite et titulaire de la Chaire d’assurance et de services financiers L’Industrielle-Alliance de L’Université Laval. Amin Mawani est professeur de fiscalité à la Schulich School of Business de l’Université York à Toronto, tandis que Suzanne Paquette est professeure de fiscalité au département des sciences comptables de l’Université Laval.

[2] L’adresse Internet de Question Retraite est : www.questionretraite.qc.ca

[3] Il s’agit du sondage sur le comportement des québécois en matière d’épargne-retraite effectué en 2003 auprès de 2006 répondants âgés entre 25 ans et 64 ans.

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